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Tulle, passeur de mémoire

Tulle, passeur de mémoire

Pendant la seconde guerre mondiale, Tulle préfecture de la Corrèze, célèbre par ses usines d’armement, située en zone dite libre, est placée, dès 1940, sous l’influence du régime de Vichy, puis occupée par les troupes allemandes en novembre 1942.

 

C’est à cette période que, à l’initiative de quelques volontaires, des réactions patriotiques, discrètes, mais tangibles ont pris corps à Tulle intra-muros. Aux alentours de la ville, la topographie des lieux s’y prêtant, la Résistance rurale, bénéficiant de parachutages d’armement, développe ses actions, les accrochages se multiplient, la vigilance de l’ennemi s’accentue et la répression également.

 

Coïncidant avec le début du débarquement des alliés en Normandie, l’attaque de la garnison allemande par les F.T.P.F.* est lancée. Elle dure deux jours avant que ceux-ci ne prennent la décision de se retirer le 8 juin 1944 au soir avec l’arrivée inattendue d’éléments de la division S.S. Das Reich. Le lendemain la population, témoin et victime des atrocités des nazis, vit un drame hors du commun qui fait de Tulle une « ville martyre ».

 

Le drame du 9 juin 1944

 

Ce matin là, dès les premières lueurs du jour, les SS entreprennent une rafle monstre. Tous les hommes valides, de 18 à plus de 60 ans, appréhendés le plus souvent chez eux, furent acheminés sur la place de Souilhac face à la manufacture d’armes.

 

Vers 9heures, les otages qui étaient déjà regroupés, furent introduits en rang par six dans l’enceinte de le manufacture d’armes avant d’être partagés, une colonne à droite une colonne à gauche. Ce simulacre se poursuivit toute la matinée jusqu’au milieu de l’après-midi. Cependant pour certains otages, interpellés ici où là dans l’une ou l’autre des colonnes le contrôle fut rapide. Il leur était demandé sans ménagement de rejoindre la file du milieu, sans doute pour des vérifications d'identité.

 

Il était environ 17 heures lorsque les otages parmi lesquels des hommes âgés et des chantiers de jeunesse délogés le matin même des casernes de la ville, allaient être contraints de devenir les spectateurs impuissants d’une tragédie préméditée et savamment orchestrée.

Dirigés en ordre sur la place de Souilhac que les waffen SS avaient entourée de leurs blindés silencieux pour la circonstance, ils aperçurent avec frayeur, au-delà des files d’uniformes en armes des cordes pendant aux balcons des immeubles des rues environnantes.

L’émotion s’intensifia plus encore, lorsque le premier groupe de 10 condamnés, en formation triangulaire, mains derrière le dos, sévèrement encadrés par de jeunes SS hargneux, dut parcourir manu-militari la distance séparant l’entrée de la manu de la potence qui les attendait. Cette scène se renouvela et se renouvela encore.

99 victimes innocentes subirent l’horreur et les souffrances du supplice qui les arracha aux leurs, à leur ville sans être jugés.

 

Les exécutions terminées, les otages en sursis regagnèrent la manu. Le lendemain matin 200 d’entre eux environ purent rejoindre leurs familles. Il en restait 311 qui nourrissaient en vain l’espoir d’une libération. Embarqués dès l’après-midi dans des camions bâchés, conduits dans le manège du 21ème chasseurs à Limoges, ils y subirent, sous la menace, l’épreuve d’une nouvelle sélection.

162 otages, parmi eux les chantiers de jeunesse et les plus âgés purent regagner Tulle.

149 autres allaient partir vers une destination inconnue, 101 n’en revinrent jamais.

 

Deux mois plus tard, la « Résistance » ayant pris le dessus, la garnison allemande rend les armes. L’Acte de reddition est signé en dehors de la ville encore meurtrie par l’horrible tragédie du 9 juin 1944.

 

 

Haut-lieu de Cueille : se souvenir et transmettre

 

C’est à cet endroit, ancienne décharge publique, que furent enfouis les cadavres des 99 pendus de Tulle le 9 juin 1944.

 

Quatre mois après le drame, les corps des suppliciés ont été rendus aux familles, mais le haut lieu de Cueille était déjà inscrit dans l’Histoire.

 

Les survivants du drame ont voulu matérialiser leur volonté de faire de ce site un espace sacré. En 1950, trois stèles ont été inaugurées faisant entrer ce lieu dans le martyrologe de la patrie. Sur l’une d’entre elles, sont gravés le nom des 101 déportés qui ne revinrent jamais des camps de la mort. 17 lutrins, placés le long de la haie qui domine la rivière Corrèze, rendent compte des événements qui ont conduit à la tragédie du 9 juin 1944. Près des tombes, deux bornes en granit lancent un appel aux visiteurs :

 
« Passant, au soir du 9 juin 1944 dans ce coin de terre à jamais sacré, mais qui n’était alors qu’un dépôt d’immondices, furent ignominieusement enfouis quelques jeunes hommes sauvagement pendus par les SS de la division Das Reich, sur les ordres du général LAMMERDING.

Auprès d’eux ont été pieusement rapportées quelques cendres, symbole de leurs camarades déportés sans retour dans les camps de la mort.

Recueille-toi, souviens-toi ».

 

 

Traductions

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Haut-lieu de Cueille
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